Bon, je reviens de Floride (pour le travail, je rassure tout de suite), et j’ai encore une fois pu expérimenter de manière intensive la restauration américaine et le service associé. Je commence tout d’abord par vous rassurer : je ne vais pas tomber dans l’anti-américanisme primaire. J’y ai un peu vécu, j’y suis (beaucoup) allé, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, et je crois pouvoir dire que je connais bien ce pays, sa culture et sa gastronomie.

En particulier, en Floride, et à Orlando (ville peu culturelle s’il en est), finalement, on ne mange pas si mal. On y trouve même des excellents poissons comme le yellowtail tuna, le black grouper ou le mahi-mahi. Ce dernier est particulièrement savoureux : il s’agit de la dorade coryphène (voir ci-dessous), un poisson que l’on pourrait qualifier de grosse mocheté.

mahimahi

Toutefois, grillé au bois de citronnier, il reste moelleux, avec un goût intermédiaire entre le thon et l’espadon. La chair ressemble fortement à ce dernier mais n’a rien à voir avec notre dorade – d’ailleurs ce poisson se nomme en anglais common dolphinfish mais n’a rien à voir non plus avec le dauphin. Un poisson inhabituel donc, mais que je recommande particulièrement.

Donc finalement, entre les poissons, les coconut shrimps (crevettes panées dans des brisures de noix de coco, puis frites), le homard et le crabe, et les steaks grillés, ou encore les croquettes d’alligator (si, si) on peut manger très bien en Floride (et d’ailleurs dans l’ensemble des Etats-Unis). Pour ceux qui pourraient se rendre à Orlando, je donne à la fin de l’article quelques adresses.

Le problème n’est pas là. Pour ma part, ce pays souffre de deux abominations : le service-pourboire, et le goût pour l’immangeable.

Commençons par ce dernier. Voici ce qu’un esprit dérangé a conçu, et qu’un autre esprit dérangé – en l’occurrence le restaurateur – m’a fait goûter :

 piments

C’est quoi ? Eh bien ce sont des piments Jalapenos recouverts… de chocolat blanc et de glaçage fruit rouge. Si, si. Alors c’est vrai, le piment et le chocolat sont très copains : dinde au cacao et au piment des azteques toujours consommée en Amérique du Sud sous le nom de mole poblano, ou chocolat au piment en tablettes ou sous forme de glaces italiennes, tout ceci est délicieux.

Mais des piments aussi forts avec du chocolat blanc, ce n’avait jamais été fait. Eh bien je suis en mesure de vous révéler pourquoi : c’est infect. Si vous voulez voir qui est à l’origine de ce délit culinaire : the chocolate covered company

chocolate

D’ailleurs, regardez la moitié des desserts qui dégoulinent de glaçage, ou le chocolat à base de lécithine de soja et sûrement pas de beurre de cacao. Certains aiment, mais je défie ceux là de goûter les piments au chocolat blanc. C’est bien simple, ils pourraient être servis sur le plateau-repas de Delta Airlines, un autre monument à l’abjection culinaire.

L’autre souci, et là je sens que tous ne seront pas d’accords, c’est le service. Oui, je sais, tout le monde a tendance à dire « mon dieu, c’est merveilleux, le client est roi, quel magnifique niveau de service ». Je proteste. En plus, c’est mon blog, donc si je veux. Na.

En premier lieu, quel que soit le restaurant, et quelle que soit sa gamme, on a droit au sempiternel « Hello, my name is {Andy, Marcia, Lucy, Machepro, etc} and I’ll be your waiter today ». Phrase à laquelle j’ai répondu à la fin de mon séjour par « Hi my name is Emmanuel and I’ll be your customer today ». Bon, il n’ont pas d’humour quand ça sort du processus.

Puis il faut commander les boissons, qui ne dépendent donc pas du choix des plats puisque l’on n’a pas encore le menu dans les mains.

Ensuite on a droit à l’explication du menu (pourtant je vous assure, je sais lire) avec énoncé exhaustif de tous les ingrédients de toutes les préparations. Fort bien. Et puis, il y a « This is my personal Favorite » accompagné du pouce levé, voire d’un clin d’œil pour les plus audacieux.

Sauf que.

Sauf que si on revient le lendemain (oui, je suis vicieux), ben le « favorite » n’est plus le même. Et ça ne dépend pas des plats du jour. Donc j’ai dit au serveur (oui, je suis casse-pieds) « tiens, c’est amusant, et celui-ci vous ne l’aimez plus » ? Eh bien il n’a pas compris. Normal, ça sortait du processus.

Bon, après 5mn d’explication, on prend enfin la commande et on est rapidement servi. Cela, c’est très bien. La rapidité du service est exemplaire, même si souvent on reçoit l’entrée avec le plat ce qui m’amène à peaufiner ma popularité en renvoyant le second le temps de manger le premier. 

Et invariablement, et cela me rend fou, Andy, Marcia, Lucy, ou Machepro vient vous voir, même si vous parlez, mangez, ou lisez pour un « how’s the food ? »… C’est horripilant, et cela d’autant plus qu’après avoir signé le ticket et ajouté le pourboire sur la facture, vous n’existez plus, mais alors comme si vous étiez transparent. Essayez de demander un verre d’eau après le « tip », vous verrez…

Donc de retour dans ce pays imparfait, râleur, froid, pluvieux qu’est la France, et plus qu’impatient de goûter à nouveau du fromage, des terrines, une simple salade vinaigrette. Comme quoi, des fois, il faut s’éloigner.

 Quelques adresses pour ceux qui iraient à Orlando :

  • MoonFish pour leurs sashimis, et leurs poissons grillés, 7525 West Sand Lake Road  Orlando, FL 32819-5109, (407) 363-7262
  • Texas de Brasil, une espèce d’orgie culinaire (en gros, on vous apporte des brochettes de tout, tout le temps) 5259 International Dr. Suite F-1, Orlando, FL 32819 (407) 355-0355
  • Un pilier d’Orlando : Charley’s Steakhouse, parmi les meilleurs steaks des US, 8255 International Drive Orlando, Florida 32819 Tel 407-363-0228